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Journal de bord · Cafèton

Dégustation · Guide

Fabrica en espresso ou en filtre : les deux réponses.

Ce café fonctionne différemment selon l’extraction. En espresso : chocolat noir, puissant. En V60 : bergamote discrète, légèreté. Voici mes paramètres exacts pour les deux.

15 novembre 2025 · 5 min de lecture 

Un même café, deux personnalités.

C’est sans doute la question qui revient le plus souvent au marché : « Votre café, il est plutôt pour quelle méthode ? » On attend que je tranche pour l’espresso ou pour le filtre. Ma réponse déçoit un peu, parce qu’elle refuse le choix : les deux, et pas par diplomatie.

Le Fábrica a cette particularité d’être assez équilibré pour encaisser la pression et l’extraction courte de l’espresso, et assez complexe pour déployer ses nuances dans une extraction lente en filtre. Beaucoup de cafés sont taillés pour l’un ou pour l’autre ; lui tient les deux registres sans donner l’impression d’un compromis. C’est exactement ce qui m’a décidé à le choisir.

En espresso.

Sur une machine espresso classique — 9 bars de pression, panier de 18 g — voici les réglages qui donnent le meilleur du Fábrica. Considère-les comme un point de départ fiable, à ajuster d’un ou deux clics de mouture selon ta machine et la fraîcheur du grain :

  • Mouture : fine, environ 250 microns
  • Dose : 18 g de café moulu
  • Rendement (yield) : 36 g de boisson en tasse
  • Temps d’extraction : 27 à 30 secondes
  • Température d’eau : 93 °C

Profil en tasse

Attaque chocolatée intense (cacao 70 %), corps onctueux, sucrosité naturelle, finale légèrement boisée. L’acidité est présente mais maîtrisée, à la manière d’une orange sanguine — vivante, pas agressive.

Recommandation : à boire pur, sans sucre, pour ne rien masquer. Si tu tiens au lait, pars sur un latte plutôt qu’un cappuccino — le ratio lait/café d’un cappuccino classique recouvre trop les nuances de cacao et d’agrume.

En filtre (V60).

En filtre, le même grain change de visage. Mes paramètres pour un V60 standard, avec une eau peu minéralisée qui laisse parler les arômes :

  • Mouture : moyenne, environ 600 microns (texture sucre semoule)
  • Dose : 18 g de café
  • Eau : 270 g d’eau filtrée à 92 °C
  • Temps total : 3 minutes
  • Méthode : bloom de 50 g pendant 30 s, puis 5 versements de 50 g toutes les 30 s

Profil en tasse

Attaque florale légère, notes de pomme rouge et de miel d’acacia, milieu de bouche miellé, finale longue avec une pointe de bergamote. Le corps est plus léger qu’en espresso, mais l’aromatique gagne nettement en complexité — on lit le café comme on déplierait une carte.

Recommandation : à boire pur, en le laissant refroidir deux minutes après l’extraction. Le café s’ouvre en perdant quelques degrés : les notes florales émergent vraiment autour de 55-60 °C, là où le brûlant les écrasait.

L’espresso, c’est l’expression concentrée du grain. Le filtre, c’est sa narration.

Et les autres méthodes ?

French press : très bon. Mouture grossière, infusion de 4 minutes. Profil plus corsé et plus rustique, parfait pour les matins d’hiver où l’on cherche du corps avant la finesse.

AeroPress : excellent. Méthode inversée, mouture moyenne-fine, infusion d’environ 90 secondes. Le résultat se situe entre l’espresso et le filtre — concentré mais net, c’est sans doute la méthode la plus tolérante pour voyager.

Moka italienne : possible, mais sous-optimal. La cafetière italienne pousse l’extraction vers ses limites et convient mieux à un café plus foncé. Avec le Fábrica clair-médium, on obtient quelque chose de buvable, mais on passe à côté de la finesse du grain.

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